J’espère chers amis que vous n’avez jamais cru mes belles paroles quand j’affirmais mielleusement être l’amoureuse des chats? Quand je vous bourrais avec tout mon amour pour Mumu-le-défunt? Ah oui? Ce que vous êtes naïfs.
Je ne suis en réalité qu’une méchante sorcière qui n’adopte des animaux que dans le but de les faire souffrir. Je leur fais subir tous les supplices possibles. Je les nourris mal, ou pas du tout. Je les enferme dans ma penderie. Je les noie dans ma toilette pleine de vomi.
Mais je ne pourrai désormais plus sévir. J’ai été détectée. La SPCA, sauveuse de tous ces animaux en détresse, m’a fichée.
Je suis allée, avec le Dompteur, à la SPCA dans l’objectif d’adopter un chaton tout frais et non-susceptible de faire une crise cardiaque dans mon lit dans un avenir rapproché. Comble de joie, un joli petit mâle tigré nous est tombé dans l’œil. C’est donc avec empressement que j’ai rempli la petite fiche que je croyais bien banale mais qui s’avérait finalement être un interrogatoire de police déguisé. La bénévole qui nous interrogeait représentait à elle seule tout ce que Dieu peut faire de plus différent de moi. Nos chemins n’auraient jamais du se croiser, c’est une grave erreur du destin, j’en suis persuadée. Le seul point commun qui nous unissait était notre apparent désir de s’obstiner farouchement et d’éliminer l’adversaire de la façon la plus douloureuse possible. J’ai pensé lui tirer les cheveux jusqu’à ce que son cuir chevelu s’arrache lentement, mais ses cheveux étaient visiblement trop gras, ça m’aurait glissé des mains.
La Fille-mal-baisée-qui-veut-sauver-les-chats a d’abord commencé par me faire la morale parce que je désirais faire dégriffer le chaton en question, m’expliquant de son ton le plus dramatique possible toute la douleur que je lui infligerais et le drame que serait cette opération dans la vie du chat. À ce stade-ci, le Dompteur aurait voulu que je ferme ma gueule et acquiesce à toutes les réprimandes de la Christ-de-maigrichonne-laitte, histoire de sortir au plus sacrant de cet endroit puant avec le petit tigré. Ce que je ne fit pas.
Étant une personne libre d’esprit, mais néanmoins éthique, je m’étais jadis demandé : « suis-je pour ou contre le dégriffage des chats? ». Après avoir lu sur le sujet, m’être moi-même confrontée et après avoir analysé les pour et les contre, j’en étais venue à la conclusion que je n’y étais pas opposée. Je me suis ainsi obstinée avec la bénévole, tentant de lui faire comprendre que nous étions assez intelligents pour se faire notre propre opinion sur le sujet et que l’on pouvait maintenant passer à l’adoption.
L’affaire a complètement tourné au vinaigre lorsque j’ai, une fois de plus, ouvert ma gueule et affirmé que nous souhaitions éventuellement adopter une femelle et avoir des bébés chats.
Elle a donc refusé de nous faire adopter un chat pour indignité profonde à s’occuper convenablement d’un animal, à moins que nous nous engagions à le faire stériliser dans les 6 prochains mois, chose qu’elle vérifierait en envoyant un inspecteur chez nous.
Moi : « De quel droit pouvez-vous envoyer un inspecteur chez nous? »
Grosse bitch : « C’est la loi qui le dit. »
Moi : « De quelle loi s’agit-il? »
Grosse bitch : « Ben euhhh, la loi qui dit ça là! »
C’est ainsi que le Dompteur et moi sacrâmes notre camp sans chat et que des dizaines de chats furent tués à cette même SPCA cette semaine-là, à défaut d’avoir été adoptés.