Aux grands maux les grands remèdes
Ce qui m’a toujours fasciné dans le système judiciaire canadien, c’est la magistrature. Le large pouvoir des juges d’invalider des articles de loi néanmoins adoptés par des gens élus. Élus par le peuple. L’herbe n’est pas plus verte de l’autre côté de l’océan. Les juges français ont l’avantage de ne pas avoir à justifier leur décision. C’est comme ça, c’est tout. Difficile de remettre en question une décision judiciaire sans en connaître les fondements.
J’ai appris hier, comme vous tous, que la Cour d’appel du Québec, composée de juges nommés par le Gouvernement fédéral, avait rendu une décision invalidant une disposition de la Charte de la langue française, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 2002.
Cet article avait été ajouté afin de réagir à un stratagème mis au jour permettant à des enfants autrement inadmissibles à l’éducation en anglais au Québec d’y accéder. C’est une façon de détourner la loi, tout le monde l’admet. Il s’agit désormais de s’inscrire un an dans une école privée non subventionnée, de payer 10 000$ pour la première année du primaire et le droit d’envoyer tous ces enfants de même que tous leurs descendants sera dorénavant acquis et ce, aux frais de la province.
Il m’apparaît évident que le législateur québécois n’a pas voulu créer un tel monstre et permettre à certains individus bien nantis de détourner la loi. Trois juges ont siégé. Trois décisions ont été rendues.
Le juge Lorne Giroux, dissident, affirme que la disposition empêchant ce détournement n’est pas invalide. Pour la militante convaincue que je suis, j’avoue que ses arguments sont sexy. Mais j’ai plutôt été convaincue par les motifs du juge Pierre J. Dalphond, invalidant la disposition adoptée en 2002.
« La protection du fait français au Québec est un objectif sérieux, réel, vu le contexte géographique et historique du Québec, qui peut justifier des atteintes raisonnables à certaines libertés, par exemple, une restriction à la liberté d’expression en matière d’affichage commercial »
Le juge Dalphond approuve l’objectif du législateur de mettre un frein au tremplin facile pour accéder à l’instruction publique en anglais. Mais pas le moyen, qu’il ne considère pas raisonnable ou proportionnel à l’objectif.
« Le parlement du Québec devrait s’attaquer au problème réel du tremplin en réglementant l’accès aux écoles privées non subventionnées (par exemple, nécessité d’un certificat d’admissibilité pour celles qui dispensent l’enseignement en anglais …) »
Rendre la Charte de la langue française applicable aux écoles non subventionnées permettrait non seulement de rencontrer l’objectif visé par la loi, soit la protection du français mais éviterait également que des gens plus riches puissent contourner cette loi et envoyer leurs enfants dans une école anglophone privée non subventionnée, que ce soit pour une seule année ou à plus long terme.
Je vois dans cette décision de la Cour d’appel une invitation à prendre le problème à la source davantage qu’une approbation au contournement de la loi. Plutôt que de demander à la Cour suprême de renverser la décision, l’Assemblée nationale devrait quant à moi prendre les rennes et légiférer l’accès aux écoles privées non subventionnées. Aux grands maux les grands remèdes.
bien interprété ca… j’approuve ton approche à 100%
as-tu déjà penser aller dans le domaine légale?
:-p
Je comprends ton IM de ce matin
Jvas ramasser mon cash…
[...] (En référence à ça et ça) [...]
Une telle décision adoptée à l’unanimité dans notre système politique???
Je suis agréablement impressionné!
@Patate: ô que oui. Un projet de loi péquiste, adopté par TOUS les députés présents en chambre.
Je sens que ça sera un sujet chaud au Conseil Général Spécial des jeunes du Bloc cette fin de semaine…
Ton idée de changer la loi pour restreindre l’accès à l’école anglaise publique après un séjour au privé a du bon, par contre, es-tu en train de suggérer que l’on doit empêcher totalement à quiconque n’a pas le droit à l’école publique anglophone d’inscrire son enfant au privé? Je serais mal à l’aise avec ça, c’est une question de droits, en plus que nos fonds publics n’y sont pas impliqués. De plus, pour ceux qui en ont les moyens, enseigner une deuxième (et une troisième) langue à ses enfants est selon moi le plus beau cadeau que l’on peut leur faire.
Mais la Cour suprême ne renversera pas cette décision.
En bout de ligne, les écoles privés dites “non subventionnées” le sont grassement et ce à même les fonds publics, malgré ce que certains en pensent.
@Jean:
Il ne s’agit pas d’empêcher les enfants d’apprendre une ni même deux autres langues…
Ce sont des enjeux différents. S’agit de conserver la base francophone.
C’est indiscutable que l’anglais est important.
Mon point c’est que l’anglais est important, mais il n’y a pas assez d’heures accordées dans les écoles primaires et secondaires pour que le jeunes ne soient pas des “fucking-quebecers-with-an-accent”
Il faut que ça devienne une priorité.
L’accent, dans l’apprentissage d’une nouvelle langue, c’est inévitable et normal pour tous (français, russes, allemands, espagnols). Je suis du même avis par contre que les quelques heures de cours donnés à l’école ne sont pas suffisants pour donner aux jeunes une base qui leur permettra de converser confortablement en anglais à l’âge adulte. Ce qu’il faut vraiment, c’est de leur donner l’occasion de vivre dans un environement anglophone, ce qui leur permettra d’habituer leur oreille et surtout, d’améliorer leur vocabulaire.
Raison pour laquelle je ne suis pas en faveur d’empêcher les parents qui le désirent d’envoyer leurs enfants dans une école privée anglophone, surtout que ce seront eux-mêmes qui vont payer pour donner cette chance à leur enfants de s’enrichir d’une langue seconde.
Bien sûr, le français doit aussi être enseigné à l’école privée.
Moi je rendrais la dépense déductible d’impot: on utilises pas et on engorges pas le système public.
Bien entendu qu’on apprend le français dans les écoles privées.
Qu’on le veuille ou non, au niveau linguistique, en plus d’être moins complexe, l’anglais est une langue avec moins d’ambiguités (Par exemple, pas de “tu” et de “vous.). Certes moins riches, peut-être moins belle, mais drolement plus efficace pour les affaires (et la programmation).
P.S.: Ai eu discussion ave chérie hier: notre enfant ira a l’école publique francaise. 10000 $ c’est cher, et les risque de se faire ecoeurer en plein millieu du cheminement scolaire de l’enfant ont trop grand.
Jouets et films en anglais toutefois !